Mohamed et Sarah …


Mohamed et Sarah sont les deux prénoms les plus donnés par les parents de Seine-Saint-Denis à leurs enfants. Ces choix traduisent une des réalités démographiques de ce département. Autre réalité, mais celle-là bien plus inquiétante pour les parents, plus du tiers des 18-25 ans sont au chômage. L’urgence sociale est plus que jamais là.

Pour autant peut-on en déduire que les espoirs des parents séquano-dionysiens fondés sur l’école républicaine soient radicalement différents de ceux des parents d’autres territoires de notre pays ? Nous ne le pensons pas.

MULTICULTURALITÉ ET LE COSMOPOLITISME

Evidemment, l’Ecole n’est pas responsable de tous les dysfonctionnements de la société mais elle a tendance à se bercer de l’illusion de pouvoir s’ériger en sanctuaire alors qu’elle est de plus en plus perméable aux mouvements de la société. Il s’agit donc pour le système éducatif de quitter le terrain des illusions pour prendre en compte la réalité, celle des parents, des enfants et des enseignants mais aussi celle de leur environnement immédiat. Moins frileuse et acceptant concrètement la multiculturalité et le cosmopolitisme, l’Ecole de la République a les moyens d’être plus sûre d’elle-même et de s’enrichir des énergies locales, du tissu associatif environnant, des politiques culturelles et éducatives impulsées par les collectivités territoriales. L’école de la République pourra ainsi retrouver son ambition de «faire culture commune».

Pourtant, comme un symbole d’une difficulté de l’Ecole à se nourrir d’un extérieur vécu comme menaçant, le fossé entre les familles et l’Ecole ne cesse de se creuser. Les uns rejetant la responsabilité des échecs sur l’autre, réduisant d’autant plus l’espérance d’une issue commune. Mauvais parents diront les uns, manque de moyens diront les autres.

Le malaise provient d’une réalité pourtant aisée à constater : l’Ecole n’a pas réussi, près de 50 ans après 1968, à endiguer les inégalités. L’Ecole n’a pas, ou presque pas, permis aux enfants des classes populaires de rejoindre l’élite de la Nation. Autant dire que dans ce territoire emblématique, entre les familles et l’Ecole, la rupture du contrat est manifeste.

Dans un département dans lequel plus de la moitié des jeunes sont issus de l’immigration, l’Ecole devient le lieu de l’affirmation d’une identité vécue comme un problème, un entêtement à nier un fait majoritaire qui perpétue l’idée d’une école du temps passé et qui ne reviendra plus. Refuser de prendre en compte l’origine des élèves, c’est aussi refuser de se projeter collectivement au sein d’un avenir partagé et apaisé.

L’INITIATIVE CULTURELLE SUSPECTÉE DE RELIGIOSITÉ

Bon an mal an, les acteurs de la vie éducative encouragent, souvent malgré eux, l’opinion publique à refuser de traiter positivement l’affirmation identitaire. Mais à l’Ecole, l’initiative culturelle exogène au sein des établissements est devenue taboue, une ennemie de l’intérieur suspectée de religiosité rituelle ou d’expression coutumière barbare.

L’Ecole ayant grande difficulté à se vivre comme le lieu d’appartenance à une même communauté de destin, elle peine à intégrer que la fin du monolithisme culturel est devenu un élément central de son environnement et un gage de la réussite éducative et professionnelle dans la mondialisation. Les enfants d’immigrés deviennent le signe ostentatoire des tenants du déclin civilisationnel, alors qu’ils sont un atout supplémentaire dont nous avons tous besoin pour mieux comprendre les enjeux de notre planète.

La France, c’est autant le couscous que le bœuf bourguignon, le Tiep autant que les rouleaux de printemps. La France, c’est aussi la mini-jupe, la main de Fatma, l’étoile de David, le T-shirt estampillé Guevara. La France, c’est la banlieusarde de Seine-Saint-Denis. Tout comme la Parisienne du 6e arrondissement.

Il faut relever ce défi. D’autant plus qu’aux élections des représentants de parents d’élèves, tous peuvent voter. Le seul critère pour glisser un bulletin dans l’urne, c’est d’avoir un enfant scolarisé. Mais malgré cela, la représentation du melting-pot de la culture française au sein des instances officielles tarde à faire sa mise à jour.

UN PACTE DE RESPONSABILITÉ POUR L’ÉDUCATION

L’exclusion des enfants perpétue celle des parents et les artisans de l’Ecole ne sont toujours pas à l’image de la société qu’ils sont censés incarner. Comme leurs enfants, les parents n’échappent pas aux contraintes de leur statut social qui leur permettent difficilement d’assumer leur engagement associatif. Faire le pari de la mobilisation active, de la démocratisation des démarches éducatives et ainsi se donner les moyens de l’élaboration d’un pacte de responsabilité pour l’Education, c’est classer les parents en zone de participation prioritaire, et mettre plus de moyens là où l’on veut de meilleurs résultats.

Les familles ont besoin d’une nouvelle promesse éducative, que l’on redonne du sens à leur rôle de parent autrement que dans le chacun pour soi.

Alors que certains ont, sans scrupule, usés d’une rhétorique complotiste et anti-étatiste pour tenter d’opposer les familles entre elles, nous répondons, nous, qu’il n’y a pas mieux que l’école publique pour construire une société de liberté, d’égalité et de fraternité.

Mais pour ce faire, il faut que les familles de Seine-Saint-Denis et d’ailleurs retrouvent confiance en leur institution scolaire publique.

Et en cela la prise en compte de la diversité culturelle est le moteur de la reconstruction d’une école de l’émancipation.

Rodrigo Arenas.