Pour une révolution démocratique européenne


 Du climat au nucléaire, du développement aux biens communs, de la pauvreté à l’éducation, des droits de l’homme à ceux de la nature, les défis du siècle sont planétaires – et nul Etat-nation même au glorieux passé n’a les moyens d’y répondre seul.

Malgré ses évidentes imperfections, l’Europe est aujourd’hui le seul embryon fonctionnel d’une démocratie supranationale, c’est-à-dire exercée dans un cadre plus large que l’Etat-nation. Mais alors que la représentation démocratique des citoyens Européens (le Parlement) n’a cessé de gagner en pouvoirs au sein de l’UE, les décisions européennes n’ont cessé de perdre en légitimité.

Avec ce spectre du déficit démocratique qui hante nos débats et ramène tout à la critique des institutions, c’est l’esprit même du projet européen qui nous échappe. Ce n’est pas d’une réforme institutionnelle que l’Europe a besoin, c’est d’une révolution démocratique.

 

Décider ensemble de ce qui nous concerne tous. Les Européens doivent reconquérir leur souveraineté.  Firmes multinationales, paradis fiscaux, marchés financiers, triades maffieuses, etc., quand les pouvoirs réels se jouent des frontières, il est nécessaire de se hisser à leur niveau et de construire, par la mobilisation, des contre-pouvoirs transnationaux. Syndicats, forces politiques, associations, réseaux citoyens : l’horizon des luttes et les leviers de la transformation de nos sociétés se trouvent aujourd’hui bien au-delà des frontières, dans cette société européenne qui se construit au jour le jour, dans cette société transnationale, où coexistent diversité culturelle et unité politique, dans cette société pluraliste et solidaire.

 

Fédérer les Européens ce n’est pas construire un super-Etat. C’est rompre avec l’illusion de la toute-puissance de l’Etat national. C’est redonner du sens à la subsidiarité, devenue synonyme de défense des intérêts nationaux. C’est garantir cette subsidiarité à tous les niveaux du pouvoir. C’est organiser leur coopération et non leur compétition.

Notre Europe fédérale est écologiste. Elle est parlementaire, régionaliste et citoyenne. Elle place le pouvoir législatif au cœur de son dispositif ; avec des euro-députés élus en partie sur listes transnationales et en partie sur circonscriptions ; avec un Parlement européen doté d’un droit d’initiative législative et d’une codécision généralisée ; avec une Commission européenne issue des majorités parlementaires et politiquement responsable de ses décisions devant le Parlement ; avec un Conseil des ministres transformé en véritable chambre représentant les Etats fédérés ; avec des instruments renforcés pour la participation citoyenne.

 

La construction de l’Europe ne peut plus se limiter à faciliter la prise de décision entre 28 Etats membres (ou plus), dans un grand supermarché continental. Après cinquante ans d’une intégration limitée à l’économie, l’Europe arrive à maturité – elle doit désormais entrer dans une véritable phase politique, celle de la construction d’une démocratie à l’échelle du continent. C’est une occasion historique de pouvoir enfin penser la politique hors du cadre étroit de l’intérêt national et des seuls intérêts commerciaux et financiers. Une démocratie enracinée dans la diversité sociale et nationale des citoyens et des peuples qui composent l’Europe.

 

Cette rénovation démocratique peut et doit s’engager dès maintenant. C’est la politique qui fait les traités, pas le contraire. Avant de changer les textes, changeons l’Europe.